Πέμπτη, 23 Φεβρουαρίου 2012

Berenice Abbott, une femme dans la ville




Station-service Sunoco, Trenton, New Jersey, Berenice Abott, 1954. Crédits photo : © Berenice Abbott / Commerce Graphics Ltd, Inc./Jeu de Paume


Le Jeu de paume rend hommage à ce fort tempérament américain, auteur de Changing New York en 1935.

New York, New York! Décidément, quand les femmes chantent la ville et ses accents «arger than life», rien de mièvre ou d'attendu. Pionnière de la photographie documentaire américaine, Berenice Abbott (1898-1991) est un fort tempérament dont les images frappent par leur structure et leur envergure. Walker Evans souligne sa nature farouche en photographiant, en 1930, cette garçonne de profil, recroquevillée comme une enfant incomprise. Man Ray met en relief sa volonté frontale et son caractère ­intrépide en deux portraits on et off, dès 1923. Même nue devant l'objectif, elle n'a rien de vulnérable et semble ignorer le regard d'autrui.

De l'homme à la ville
Quand elle applique les leçons de Man Ray à ses propres portraits, dans ces années 1920 pleines d'exaltation urbaine, cela donne des radioscopies parlantes, incisives et sans fioritures. Peggy Guggenheim, maigrissime héritière sans grande beauté, s'agrippe à son chien, sûre de son pouvoir. James Joyce pose en dandy jusqu'au bout de ses bagues. Cocteau joue le bad boy comme chez Francis Carco. En 1927, Eugène Atget, l'âme de Paris, a un profil usé, poignant, misérable comme un héros hugolien, voûté de la même manière qu'un arc-boutant d'une cathédrale noircie par le temps. Maigre et mondain, Julien Levy, le galeriste des surréalistes, crâne sans sourciller, chauve et étrange à l'instar d'un autoportrait de Claude Cahun.

Alors, lorsque Berenice Abbott passe de l'homme à la ville, on sent que le sujet prime sur la forme. Son «interprétation documentaire» de New York est un travail d'archéologue. Sa mise en scène est celle d'un cinéaste: sa Vue de nuit, New York, 1932, paraît inspirer directement Michael Mann et son Los Angeles aérien dans Heat (1995) et Collateral (2004). Si elle regarde les gratte-ciel du sol ou du ciel, c'est pour traquer la civilisation américaine à l'œuvre. Cette confrontation des dimensions, juxtaposées dans une même image, exempte les photographies de Berenice Abbott d'un banal pittoresque.

Au printemps 1936, deux hommes à casquette discutent à l'ombre du métro aérien, El, lignes des 2e et 3e Avenues, et c'est toute l'Amérique, bien avant French Connection et la trilogie du Parrain. L'image du Flat Iron et de ses immeubles voisins de l'Art déco triomphant est une icône. Celle des Maisons de la 5e Avenue n° 4, 6, 8a la densité mélancolique d'un Edward Hopper.

«Berenice Abbott (1898-1991), Photographies», au Jeu de paume, Paris VIIIe, jusqu'au 29 avril. www.jeudepaume.org

Le Figaro

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